« Ain’t Nobody » sort en 1983 sur l’album Stompin’ at the Savoy du groupe de funk américain Rufus, mené par la chanteuse Chaka Khan. Ce disque est présenté comme un album live, mais il comporte en réalité quatre morceaux enregistrés en studio glissés au milieu des prises de concert — et c’est justement l’un de ces titres studio qui deviendra le plus grand succès de l’album. Il est écrit et composé par David « Hawk » Wolinski, claviériste du groupe, auteur de sa ligne de basse devenue aussi célèbre que la voix de Chaka Khan elle-même.Née Yvette Marie Stevens à Chicago, Chaka Khan avait adopté ce nom panafricain après s’être engagée dans le mouvement des Black Panthers, avant de connaître le succès au sein de Rufus dès le milieu des années 1970 avec des titres comme « Tell Me Something Good ». En 1983, le groupe a déjà accumulé plusieurs albums numéro un et de multiples succès R&B, mais « Ain’t Nobody » va leur offrir une notoriété d’une tout autre ampleur, portée par une nouvelle génération d’auditeurs.Cette notoriété doit beaucoup au cinéma : en 1984, le morceau accompagne une scène devenue culte du film « Breakin’ », qui met en lumière la culture hip-hop et la danse de rue naissantes. C’est par ce biais qu’une large partie du public découvre la chanson, bien après la longue carrière que Chaka Khan avait déjà menée avec Rufus. Le titre atteint la première place du classement Hot R&B/Hip-Hop Songs aux États-Unis, la 22e place du Hot 100, et la 8e place au Royaume-Uni.

Peu de morceaux funk des années 80 auront connu autant de secondes vies : repris par Jaki Graham en 1994, par KWS avec Gwen Dickey au chant sous le titre « Ain’t Nobody (Loves Me Better) », par Diana King en 1995, samplé par LL Cool J en 1996 pour la bande originale de Beavis and Butt-Head Do America, puis réinterprété par Mary J. Blige et même détourné en hymne electro par le groupe allemand Scooter sous le nom « It’s a Biz (Ain’t Nobody) ». Autant de versions qui n’ont jamais éclipsé l’original, toujours aussi efficace sur les ondes aujourd’hui.