Sorti le 28 août 1984, « Smooth Operator » est le troisième single tiré de Diamond Life, premier album du groupe britannique Sade. Écrite par Sade Adu et Ray St. John, un ancien membre de Pride, le groupe dans lequel jouait la chanteuse avant de fonder Sade, la chanson deviendra la porte d’entrée du groupe sur le marché américain : leur tout premier titre à intégrer le top 10 du Billboard Hot 100, où il grimpera jusqu’à la cinquième place au printemps 1985.

Derrière la douceur de la ballade se cache pourtant un propos bien plus âpre. L’expression « smooth operator » désigne un charmeur, mais dans un sens proche du manipulateur : le texte dresse le portrait d’un homme de la jet-set qui traverse les villes américaines, de Los Angeles à Chicago puis jusqu’à Key Largo, en séduisant des femmes qu’il abandonne ensuite sans le moindre attachement réel. Il en tire même un profit, presque comme un métier.

Le clip pousse cette ambiguïté encore plus loin en présentant le personnage comme un véritable criminel : trafiquant d’armes et proxénète en fuite, pourchassé par la police tout au long du film. Dans la version longue du clip, qui enchaîne avec l’instrumental « Red Eye », on découvre même Sade elle-même impliquée dans une filature qui tourne mal face à cet homme sans scrupule.

Musicalement, la chanson doit beaucoup à son saxophone signature, joué par Stuart Matthewman en introduction et en conclusion, dans un souffle feutré qui deviendra la marque de fabrique du titre. La voix parlée de Sade au tout début du morceau, rare dans sa discographie, ajoute encore à l’aspect cinématographique de l’ensemble. Ce mélange de raffinement jazzy et de récit trouble façonnera durablement l’image de Sade comme icône de sophistication et de mystère.

Quarante ans après sa sortie, le titre reste un pilier des programmations Quiet Storm et a été repris par des artistes comme Laurent Voulzy en 2006 ou Corneille en 2018, preuve que le charme trouble de ce « smooth operator » n’a rien perdu de son efficacité.