Gary Kemp, guitariste et principal compositeur de Spandau Ballet, écrit « True » alors qu’il vit encore chez ses parents. Le groupe a déjà sorti deux albums et plusieurs singles, mais peine à retrouver le public conquis à ses débuts dans les clubs londoniens. Kemp cherche alors à élargir son audience et à faire évoluer le son du groupe vers la soul, un virage qui inspirera directement la ligne du texte évoquant l’idée d’acheter un billet pour le monde.Le morceau doit beaucoup à une histoire de cœur restée sans suite : Gary Kemp entretient à l’époque une relation strictement platonique avec Clare Grogan, chanteuse du groupe Altered Images, rencontrée sur le plateau de Top of the Pops. Pour son anniversaire, elle lui offre le roman Lolita de Vladimir Nabokov, dont ils avaient longuement discuté. Le texte de « True » glisse plusieurs clins d’œil discrets à ce livre — Kemp confiera plus tard qu’on lui reproche encore aujourd’hui certains vers directement empruntés au roman. La curieuse ligne vocale « huh huh huh » qui ponctue le morceau, elle, doit tout à un tout autre disque : Kemp l’aurait empruntée à l’introduction du « Dig a Pony » des Beatles, découvert dans le documentaire Let It Be.

Le morceau rend également hommage à la soul américaine, en particulier à Marvin Gaye et Al Green, dont l’introduction rythmée du titre s’inspire directement. Se réclamer de ces artistes était alors une prise de position culturellement marquante pour un groupe jusque-là associé au mouvement des Nouveaux Romantiques, plus habitué au blues et au rock qu’à la soul. Leurs propres rivaux de l’époque, Duran Duran, avaient d’ailleurs salué le titre comme une réussite dès sa sortie, au terme d’une rivalité amicale ponctuée d’habitude de messages moqueurs entre les deux groupes.

Steve Norman, habituellement aux percussions et à la guitare, venait tout juste de s’initier au saxophone lorsqu’il enregistre le solo de « True » aux studios Compass Point, aux Bahamas. Ce solo, encore aujourd’hui, reste considéré comme l’une des seules fois où l’instrument est mis pleinement en valeur dans la discographie du groupe.

Devenue le plus grand succès de Spandau Ballet, la chanson atteint la première place dans une vingtaine de pays, dont le Royaume-Uni, et entre pour la première fois du groupe dans le top 10 américain. Elle recevra en 2011 un prix BMI pour ses plus de quatre millions de diffusions radio aux États-Unis. Elle sera reprise par Paul Anka dans un style swing, et samplée par P.M. Dawn pour leur tube « Set Adrift on Memory Bliss », numéro un américain en 1991.